Guide pratique opérationnel · Droit français

Loi Sapin II — Article 17
Les 8 mesures, pas à pas

Décryptage complet du dispositif anticorruption obligatoire : texte légal, recommandations AFA, cartographie des tiers, dispositif d'alerte, processus de contrôle et sanctions — avec données du diagnostic national 2024.

Base légaleLoi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016, art. 17
RéférentielRecommandations AFA — JORF n°0010 du 12 janvier 2021
DonnéesDiagnostic national AFA 2024 · 28 CJIPs · Rapport AFA 2024
Mis à jourJuin 2026
AuteurAhlvi R. Dowlut · TRIADS
§ 00

Introduction

La loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique — dite loi Sapin II — constitue le socle du droit anticorruption français. Son article 17, entré en vigueur le 1er juin 2017, impose aux grandes entreprises et à leurs dirigeants de déployer un programme de prévention et de détection de la corruption articulé autour de huit mesures précises, sous peine de sanctions pénales et administratives.

En 2024, à l'approche du huitième anniversaire de la loi, l'Agence française anticorruption (AFA) a publié son troisième diagnostic national sur les dispositifs anticorruption dans les entreprises françaises. Les résultats confirment des progrès réels — mais aussi des lacunes persistantes, notamment chez les entreprises non directement assujetties mais exposées par effet de ruissellement via leurs donneurs d'ordre.

Ce guide ne résume pas la loi. Il la décompose opérationnellement : chaque mesure est expliquée dans sa logique, ses critères AFA, ses exigences documentaires, les erreurs fréquentes observées en contrôle et les implications pratiques pour une ETI française. Les données sont sourcées sur les documents AFA originaux.

Ce document est destiné aux directeurs conformité, DAF, DRH et directeurs généraux d'ETI françaises de 200 à 5 000 salariés — qu'ils soient directement assujettis à l'article 17 ou soumis à l'effet de ruissellement de leurs clients grands comptes.

§ 01

Article 17 — Texte légal et anatomie

Texte de l'article 17 (extrait structuré)

L'article 17 de la loi Sapin II impose aux entités assujetties de "prendre les mesures destinées à prévenir et à détecter la commission, en France ou à l'étranger, de faits de corruption ou de trafic d'influence". Il liste explicitement huit mesures constitutives du programme anticorruption :

Article 17 — Loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016

Les sociétés qui emploient au moins cinq cents salariés, ou appartenant
à un groupe de sociétés dont la société mère a son siège social en France
et dont l'effectif comprend au moins cinq cents salariés, et dont le
chiffre d'affaires ou le chiffre d'affaires consolidé est supérieur à cent
millions d'euros sont tenues de mettre en œuvre les mesures suivantes :

  1° Un code de conduite définissant et illustrant les comportements à
     proscrire comme susceptibles de caractériser des faits de corruption
     ou de trafic d'influence.

  2° Un dispositif d'alerte interne destiné à permettre le recueil des
     signalements émanant d'employés et relatifs à l'existence de
     conduites ou de situations contraires au code de conduite de la
     société.

  3° Une cartographie des risques destinée à identifier, analyser et
     hiérarchiser les risques d'exposition de la société à des sollicitations
     externes à des fins de corruption.

  4° Des procédures d'évaluation de la situation des clients, fournisseurs
     de premier rang et intermédiaires au regard de la cartographie des
     risques.

  5° Des procédures de contrôles comptables, internes ou externes,
     destinées à s'assurer que les livres, registres et comptes ne sont pas
     utilisés pour masquer des faits de corruption ou de trafic d'influence.

  6° Un dispositif de formation destiné aux cadres et aux personnels les
     plus exposés aux risques de corruption et de trafic d'influence.

  7° Un régime disciplinaire permettant de sanctionner les salariés de la
     société en cas de violation du code de conduite de la société.

  8° Un dispositif de contrôle et d'évaluation interne des mesures mises
     en œuvre.

Ce que révèle la structure de l'article

ObservationImplication opérationnelle
Les 8 mesures sont listées sans hiérarchie expliciteL'AFA a construit une hiérarchie via ses recommandations : 3 piliers indissociables
La loi vise corruption ET trafic d'influenceLe dispositif couvre les deux infractions — le code de conduite doit les traiter distinctement
"En France ou à l'étranger" est expliciteLes filiales étrangères et tiers internationaux entrent dans le périmètre
La mesure 3 (cartographie) précède les mesures 1 et 2 dans la logique AFALa cartographie conditionne la pertinence de toutes les autres mesures — elle est le socle, pas une étape parmi d'autres
Aucun format imposé pour les mesuresL'AFA publie des recommandations qui créent une "présomption simple de conformité" si elles sont suivies

La "présomption simple de conformité"

Les recommandations de l'AFA constituent un référentiel de conformité dont le respect crée une présomption simple que l'entité a rempli ses obligations. Cette présomption est réfragable : l'AFA peut démontrer qu'un dispositif formellement conforme aux recommandations est inefficace en pratique.
— Recommandations AFA, JORF n°0010 du 12 janvier 2021, §I.3

La portée de cette présomption est double : elle protège les entités qui suivent les recommandations, mais elle signifie aussi qu'un dispositif "sur le papier" sans application réelle ne suffit pas. L'AFA contrôle l'effectivité, pas seulement l'existence formelle.

§ 02

Seuils d'assujettissement et périmètre

Les deux critères cumulatifs

500
Salariés minimum
(critère effectif)
ET
Les deux critères
sont cumulatifs
100 M€
CA minimum
(critère financier)
Piège fréquent : une entreprise de 600 salariés réalisant 80 M€ de CA n'est PAS assujettie directement. Les deux critères doivent être simultanément atteints. En revanche, si elle est fournisseur d'un grand groupe assujetti, elle peut être contractuellement contrainte de déployer un dispositif équivalent — c'est l'effet de ruissellement.

Calcul de l'effectif et du CA — cas des groupes

ConfigurationRègle d'appréciationConséquence
Société autonomeEffectif et CA propres à la sociétéAssujettissement si les deux seuils sont atteints
Groupe — société mère en FranceEffectif et CA consolidés du groupeToutes les filiales du groupe sont assujetties si le groupe atteint les seuils, même celles qui ne les atteignent pas individuellement
Groupe — société mère à l'étrangerEffectif et CA de la filiale française seuleChaque entité française appréciée individuellement
Filiale détenue à > 50 %Incluse dans la consolidation si la mère est en FranceL'obligation remonte à la mère — c'est elle qui est responsable du programme

L'effet de ruissellement — le périmètre réel du marché

L'article 17 fixe le seuil légal à 500 salariés / 100 M€ CA. Mais les entreprises assujetties répercutent leurs exigences de conformité dans leurs contrats fournisseurs et sous-traitants. Ce mécanisme — documenté par l'AFA dans son rapport du dixième anniversaire de la loi (mars 2026) — étend le périmètre effectif de l'obligation bien au-delà des seuils légaux.

StatutObligation légale directeExposition indirecte
ETI ≥ 500 sal. / ≥ 100 M€ CAArticle 17 — programme complet obligatoire
ETI 200–499 sal. / 30–100 M€ CAAucune (non assujettie)Contractuelle : clause anticorruption imposée par donneurs d'ordre assujettis
PME fournisseur critiqueAucuneContractuelle : charte fournisseurs, audit tiers, questionnaire due diligence
Toute entreprise ≥ 50 sal.Loi Waserman (dispositif d'alerte)

Infractions visées — au-delà de la corruption

L'article 17 vise explicitement deux infractions, mais les recommandations AFA élargissent le périmètre :

InfractionCode pénalPeine max.
Corruption active et passiveArt. 432-11 et 433-1 CP10 ans + 1 M€
Trafic d'influenceArt. 432-11 et 433-2 CP10 ans + 1 M€
ConcussionArt. 432-10 CP10 ans + 150 K€
Prise illégale d'intérêtsArt. 432-12 CP5 ans + 500 K€
Détournement de fonds publicsArt. 432-15 CP10 ans + 1 M€
FavoritismeArt. 432-14 CP2 ans + 200 K€
§ 03

Structure 3 piliers / 8 mesures — l'architecture AFA

L'AFA n'a pas retenu la liste des 8 mesures telle quelle pour structurer ses recommandations. Elle les a réorganisées en 3 piliers indissociables, introduisant une logique de dépendance : sans le pilier 1 (engagement de l'instance dirigeante), les piliers 2 et 3 sont sans effet juridique. Sans le pilier 2 (cartographie des risques), les mesures du pilier 3 sont arbitraires et non défendables en contrôle.

Vue d'ensemble — 3 piliers, 8 mesures

PILIER 1 Engagement de l'instance dirigeante

Condition sine qua non : sans engagement formalisé et documenté de la direction, aucun autre élément du programme n'est opposable à l'AFA.

  • Définition et portage du programme anticorruption au plus haut niveau
  • Allocation des moyens humains et budgétaires
  • Désignation d'un responsable conformité ou compliance officer
  • Reporting régulier à l'instance dirigeante (au moins annuel)

PILIER 2 Cartographie des risques

La cartographie est le socle de toutes les autres mesures : elle détermine sur quoi porte le code de conduite, qui former, quels tiers évaluer, quels contrôles prioriser.

  • Identification des processus et fonctions exposés
  • Évaluation de la probabilité et de l'impact de chaque risque
  • Hiérarchisation pour prioriser les ressources
  • Mise à jour périodique (au moins tous les 2 ans, ou lors de changements majeurs)

PILIER 3 Gestion des risques — les 6 mesures opérationnelles

Les mesures du pilier 3 déclinent opérationnellement les risques identifiés en pilier 2. Elles couvrent prévention, détection et remédiation.

  • Prévention : Code de conduite · Formation · Évaluation des tiers
  • Détection : Dispositif d'alerte interne · Contrôle comptable
  • Contrôle/remédiation : Contrôle du dispositif · Régime disciplinaire

Correspondance 3 piliers / 8 mesures légales

Mesure art. 17Pilier AFAFonction
§ — Engagement dirigeant (implicite)Pilier 1Prévention
3° Cartographie des risquesPilier 2Socle
1° Code de conduitePilier 3 — PréventionPrévention
6° FormationPilier 3 — PréventionPrévention
4° Évaluation des tiersPilier 3 — PréventionPrévention
2° Dispositif d'alertePilier 3 — DétectionDétection
5° Contrôle comptablePilier 3 — DétectionDétection
8° Contrôle du dispositifPilier 3 — ContrôleContrôle
7° Régime disciplinairePilier 3 — RemédiationRemédiation

Le principe de proportionnalité

Les recommandations de l'AFA s'appliquent de façon proportionnée à la taille, aux activités et aux risques de l'entité. Une ETI de 600 salariés active sur un seul marché national n'a pas à déployer un programme identique à celui d'un groupe coté opérant dans 40 pays. Ce que l'AFA évalue : l'adéquation du dispositif aux risques réels identifiés.
— Recommandations AFA, §I.4.1 — Principe de proportionnalité
TRIADS · ADViZE

Votre organisation déploie-t-elle réellement ces 3 piliers ?

La plupart des ETI ont des lacunes sur au moins 3 des 8 mesures. Un diagnostic d'une demi-journée les identifie avec un plan d'action priorisé.

Diagnostic gratuit →
§ 04

Pilier 1 — L'engagement de l'instance dirigeante

Définition de l'instance dirigeante

L'AFA distingue soigneusement l'instance dirigeante selon la forme juridique de l'entité :

Forme juridiqueInstance dirigeante au sens AFA
SAS / SASUPrésident + tout organe statutairement investi du pouvoir de direction
SA (conseil d'administration)Directeur général (PDG ou DG délégué)
SA (conseil de surveillance)Directoire
SARLGérant(s)
Groupe consolidéInstance dirigeante de la société mère — responsable du programme de groupe

Ce que l'AFA exige de l'instance dirigeante

Exigence A

Définition et validation du programme

L'instance dirigeante valide formellement le programme anticorruption — son périmètre, ses objectifs, son budget. La délégation à un responsable conformité ne décharge pas la direction de sa responsabilité légale.

Exigence B

Allocation des moyens

Un budget dédié et des ressources humaines identifiées doivent être alloués. L'AFA apprécie le ratio entre les moyens alloués et la complexité/taille du dispositif requis.

Exigence C

Désignation du responsable

Un responsable de la mise en œuvre doit être nommé (compliance officer, responsable conformité, ou dirigeant lui-même). Sa position hiérarchique doit lui donner un accès direct à l'instance dirigeante.

Exigence D

Reporting périodique

Un rapport de conformité est présenté à l'instance dirigeante au moins annuellement. Il couvre l'état du dispositif, les incidents détectés, les actions correctives engagées.

Erreur fréquente — la délégation totale

Constaté en contrôle AFA : l'instance dirigeante délègue entièrement le programme à un responsable conformité et n'est plus impliquée dans les décisions de remédiation, ni destinataire des rapports de suivi. Cette configuration est considérée comme un défaut du pilier 1, qui fragilise l'ensemble du programme. La responsabilité de l'article 17 pèse sur les dirigeants, pas sur leurs délégataires.

Responsabilité personnelle des dirigeants

L'article 17 génère deux niveaux de responsabilité :

  • Responsabilité administrative de la personne morale : jusqu'à 1 M€ d'amende + injonction de mise en conformité (max 3 ans) prononcée par la commission des sanctions AFA
  • Responsabilité administrative personnelle du dirigeant : jusqu'à 200 000 € d'amende personnelle
  • Responsabilité pénale des personnes physiques : les infractions de corruption et trafic d'influence sont des crimes/délits du code pénal — le programme Sapin II est un élément de défense, pas une immunité
§ 05

Pilier 2 — Cartographie des risques

La cartographie des risques est la mesure la plus structurante du dispositif. L'AFA la positionne comme un préalable aux sept autres : on ne peut pas rédiger un code de conduite pertinent, former les bonnes personnes ou évaluer les bons tiers sans savoir d'abord où se situent réellement les risques.

Les 3 étapes de la cartographie AFA

Étape 1

Identification des risques

Recenser les processus, fonctions, zones géographiques et types de tiers exposés. Sources : entretiens avec les opérationnels, analyse des flux financiers, historique des incidents, benchmarks sectoriels.

Étape 2

Évaluation brute puis nette

Coter chaque risque sur deux axes : probabilité d'occurrence et impact potentiel. Évaluation brute (sans contrôles) puis nette (avec contrôles en place) pour mesurer l'efficacité du dispositif existant.

Étape 3

Hiérarchisation et plan d'action

Classer les risques par criticité résiduelle. Prioriser les mesures de traitement en fonction des ressources disponibles. Documenter les décisions de traitement ou d'acceptation des risques résiduels.

Matrice de risques — grille type (4×4)

Probabilité ↓ / Impact →FaibleModéréÉlevéCritique
Quasi-certaineÉlevéÉlevéCritiqueCritique
ProbableModéréÉlevéÉlevéCritique
PossibleFaibleModéréÉlevéÉlevé
RareFaibleFaibleModéréÉlevé

Niveaux : Faible = surveillance · Modéré = procédure formelle · Élevé = contrôle renforcé · Critique = action corrective immédiate

Facteurs de risque — ce que l'AFA recherche

Facteur de risqueIndicateurs concrets
GéographiePrésence dans des pays à score CPI < 40 · marchés émergents · zones de conflit
Secteur d'activitéBTP · défense · énergie · pharmaceutique · secteur public · grande distribution
Type de tiersAgents commerciaux · intermédiaires · consultants rémunérés à la commission · fonctionnaires
Nature des opérationsMarchés publics · licences · permis · import/export · fusions-acquisitions
Structure interneConcentration de pouvoir décisionnel · absence de séparation des tâches · rotation faible
Flux financiersPaiements en espèces · virements vers des paradis fiscaux · frais de représentation élevés

Mise à jour de la cartographie

L'AFA recommande une révision au moins tous les deux ans, et systématiquement lors d'événements déclencheurs : entrée sur un nouveau marché, acquisition, changement de direction, incident détecté, modification réglementaire. Une cartographie figée est un signal négatif fort lors d'un contrôle.
§ 06

Mesure 1° — Le code de conduite

Le code de conduite est souvent la première mesure mise en place — et l'une des plus mal conçues. L'AFA distingue un code de conduite anticorruption d'une charte éthique générale : le premier est précis, illustré, et directement lié à la cartographie des risques. La seconde est une déclaration de valeurs sans portée opérationnelle.

Contenu obligatoire selon les recommandations AFA

ÉlémentCe que l'AFA vérifie
Définition de la corruption et du trafic d'influenceLes deux infractions doivent être définies distinctement, en termes compréhensibles pour un non-juriste
Comportements interdits — illustrésDes exemples concrets tirés des risques identifiés en cartographie (cadeaux, commissions d'agents, marchés publics…)
Politique cadeaux et hospitalitésSeuil explicite (en €), procédure de déclaration, autorisation préalable si dépassement
Politique conflits d'intérêtsDéfinition, obligation de déclaration, procédure de gestion, registre
Conduite à tenir en cas de sollicitationProcédure concrète : refus, signalement, protection contre représailles
Sanctions applicablesRenvoi au régime disciplinaire — le code doit indiquer que les violations sont sanctionnables
Périmètre d'applicationSalariés, dirigeants, mandataires, et si possible tiers (fournisseurs, partenaires)

Ce qui ne suffit pas

Insuffisant en contrôle AFA :
— Un document générique non adapté au secteur ou aux risques réels de l'entreprise
— Un code rédigé uniquement en anglais dans une entité française
— Un code jamais communiqué formellement aux salariés (sans preuve de diffusion)
— Un code non signé / non validé par l'instance dirigeante
— Un code non mis à jour depuis plus de 3 ans

Validation et diffusion — les preuves documentaires attendues

  • PV ou délibération du conseil approuvant le code
  • Accusé de réception signé par chaque collaborateur (ou confirmation de lecture en e-learning)
  • Intégration dans le règlement intérieur (obligatoire pour que les sanctions soient opposables)
  • Remis lors de l'onboarding + mention dans le contrat de travail ou avenant
  • Accessible en permanence (intranet, portail RH)
§ 07

Mesure 6° — Formation et sensibilisation

Population cible — qui former en priorité

L'article 17 vise "les cadres et les personnels les plus exposés aux risques de corruption et de trafic d'influence". La cartographie des risques (§05) est le seul outil qui permet d'identifier ces populations de façon défendable.

PopulationNiveau d'exposition typiqueFormat recommandé
Instance dirigeanteMaximale — responsabilité directe art. 17Session dédiée avec conseiller juridique · ½ journée minimum
Direction commerciale / achatsTrès élevée — contacts réguliers avec tiers à risqueFormation annuelle · cas pratiques sectoriels
Direction financière / comptabilitéÉlevée — contrôle des flux suspectsFormation annuelle · procédures de signalement
RH / droit socialModérée à élevée — gestion des conflits d'intérêtsFormation initiale + mise à jour lors de révisions réglementaires
Ensemble des salariésVariable — sensibilisation de baseModule e-learning · 30 min · avec quiz de validation

Ce que l'AFA contrôle sur la formation

Critère A

Traçabilité

Listes d'émargement ou preuves de complétion e-learning nominatives. L'AFA demande systématiquement ces justificatifs en contrôle.

Critère B

Fréquence

Pas de fréquence légale fixée, mais l'AFA attend une formation au moins tous les 2–3 ans pour les populations exposées, et une formation initiale systématique lors de l'onboarding.

Critère C

Contenu adapté

Le contenu doit être adapté au rôle et aux risques de la population formée. Une formation identique pour tous est jugée insuffisante pour les populations à fort enjeu.

Critère D

Évaluation de l'acquisition

Un quiz ou une évaluation de compréhension est recommandé — il démontre que la formation n'était pas purement formelle mais visait une réelle appropriation.

§ 08

Mesure 4° — Évaluation de l'intégrité des tiers

L'évaluation des tiers (due diligence anticorruption) est la mesure qui génère le plus d'incertitude opérationnelle. La loi parle de "clients, fournisseurs de premier rang et intermédiaires". Les recommandations AFA étendent implicitement le périmètre à tout tiers présentant un risque identifié en cartographie.

Définition du périmètre des tiers à évaluer

Catégorie de tiersÉvaluation requise si…
Fournisseurs de premier rangPrésents sur un processus à risque identifié en cartographie (achats sensibles, marchés publics, matières premières dans pays à risque)
ClientsTransactions importantes · secteurs régulés · pays à risque · structures opaques
Intermédiaires commerciauxTout agent commercial, apporteur d'affaires, représentant rémunéré à la commission — population à très haut risque
Partenaires JV / consortiumsSystématiquement — la responsabilité peut se propager par la structure commune
Cibles d'acquisition (M&A)Due diligence anticorruption obligatoire avant closing

Niveaux de diligence proportionnés au risque

NIVEAU 1 Tiers à faible risque — Vérifications de base

  • Vérification du registre du commerce (Infogreffe, BODACC)
  • Contrôle des listes de sanctions (OFAC, UE, ONU)
  • Vérification de l'existence légale et de la capacité à contracter
  • Questionnaire tiers simplifié (auto-déclaration)

NIVEAU 2 Tiers à risque modéré — Diligences étendues

  • Analyse des bénéficiaires effectifs (registre INPI / Pappers)
  • Recherche de presse négative et de contentieux
  • Vérification de l'absence de PPE (Personnes Politiquement Exposées)
  • Questionnaire tiers détaillé avec déclaration des conflits d'intérêts
  • Demande de certification ou engagement contractuel anticorruption

NIVEAU 3 Tiers à risque élevé / critique — Diligences renforcées

  • Audit de tiers par prestataire externe spécialisé
  • Analyse approfondie des structures actionnariales (offshore, trusts)
  • Entretien en face-à-face avec les dirigeants du tiers
  • Vérification des références et antécédents
  • Clause contractuelle anticorruption avec droit d'audit
  • Validation par le comité de conformité avant engagement

Sources publiques mobilisables gratuitement (recommandées par l'AFA)

Base Sirene / Infogreffe        → Existence légale, dirigeants, capital
Registre des bénéficiaires eff. → INPI / Pappers — qui détient réellement
BODACC                          → Procédures collectives, jugements
Listes de sanctions             → OFAC (US) · Sanctions UE · Trésor FR · ONU
Registre des représentants      → Haute Autorité pour la transparence (HATVP)
Décisions AFA publiées          → Antécédents de sanctions anticorruption
Presse et open source           → Google News, Factiva, Dow Jones Risk
Score CPI pays                  → Transparency International (voir guide CPI/IPC TRIADS)

Résultat du diagnostic AFA 2024 sur l'évaluation des tiers

71 %
Entreprises assujetties ayant des procédures d'évaluation tiers formalisées
41 %
Entreprises non assujetties ayant des procédures tiers — lacune majeure
§ 09

Mesure 2° — Dispositif d'alerte interne

Le dispositif d'alerte interne prévu à l'article 17 est distinct — mais complémentaire — du dispositif d'alerte prévu par la loi Waserman (loi n° 2022-401 du 21 mars 2022). L'articulation entre les deux est un point clé que l'AFA examine lors de ses contrôles.

Article 17 vs loi Waserman — tableau de différences

CritèreDispositif art. 17 Sapin IILoi Waserman (Directive 2019/1937)
Seuil d'application500 sal. + 100 M€ CA50 salariés et plus
Périmètre des alertesCorruption et trafic d'influence uniquementViolations du droit de l'UE + violations graves du droit français
Canal d'alerteInterne obligatoireInterne d'abord (hiérarchie supprimée depuis 2022)
Délais de traitementNon précisés par la loi (AFA recommande 3 mois)AR sous 7 jours · réponse sous 3 mois (légal)
Protection du lanceurRenvoi au droit communProtection renforcée + indemnisation spécifique
Autorité de contrôleAFADéfenseur des droits + autorités sectorielles

Ce que les recommandations AFA imposent (§55–60)

  • Un ou plusieurs canaux de signalement accessibles — au minimum une adresse email dédiée, idéalement une plateforme spécialisée
  • Accessibilité aux tiers (fournisseurs, partenaires) : optionnelle mais fortement recommandée
  • Anonymat préservable : le dispositif doit permettre des échanges avec l'auteur tout en préservant son anonymat
  • Confidentialité garantie : limitation des accès aux seuls personnels autorisés — les droits d'accès doivent être formalisés
  • Destruction des données : si aucune suite, destruction sous 2 mois après clôture des vérifications
  • Indicateurs de suivi : nombre d'alertes reçues, classées sans suite, traitées, délais — transmis à l'instance dirigeante

Rapport AFA 2024 — signalements reçus

802
Signalements reçus par l'AFA en 2024
+83 %
Hausse vs 2023 — tendance lourde
Signal : l'explosion des signalements (+83 % en un an) traduit une meilleure connaissance des droits par les salariés et une augmentation des recours externes. Un dispositif interne bien conçu capte ces alertes avant qu'elles n'atteignent l'AFA ou la presse — c'est son intérêt stratégique pour l'entreprise.
§ 10

Mesure 5° — Contrôles comptables

Le contrôle comptable anticorruption est souvent traité comme une simple extension de l'audit financier classique. C'est une erreur de positionnement : l'AFA attend des procédures spécifiquement orientées vers la détection de schémas de corruption, pas une revue comptable générale.

Ce que l'AFA entend par "contrôles comptables"

Les procédures de contrôle comptable visent à s'assurer que les livres, registres et comptes ne sont pas utilisés pour masquer des faits de corruption ou de trafic d'influence — notamment via des paiements fictifs, des commissions opaques, des cadeaux mal comptabilisés ou des dépenses de représentation sans justification réelle.
— Art. 17, 5° loi Sapin II

Schémas de corruption à détecter via les comptes

SchémaIndicateur comptable suspectContrôle à déployer
Pot-de-vin déguisé en commissionCommission > marché / sans contrat formalisé / vers entité offshoreRevue systématique des contrats d'intermédiaires + bénéficiaires effectifs
Fausse facturePrestataire sans réalité économique · facturation sans livrable documentéRapprochement contrat-commande-livraison-facture (processus P2P complet)
Cadeaux / hospitalités excessifsNotes de frais hors seuil · bénéficiaires non documentésAnalyse des notes de frais par seuil et par bénéficiaire · exception reporting
Paiements à des PPEFlux vers des entités liées à des personnes politiquement exposéesScreening PPE sur les contreparties des paiements significatifs
Surcoûts sur marchés publicsÉcarts de prix vs référence marché · avenants répétésBenchmarking prix · revue des avenants > X %
Caisses noiresComptes de trésorerie non réconciliés · virements intra-groupe inexpliquésRéconciliation bancaire mensuelle · limite des paiements en espèces

Les 3 niveaux de contrôle interne (recommandations AFA §61–65)

Niveau 1

Contrôles préventifs opérationnels

Réalisés avant que la décision ou l'opération soit mise en œuvre. Effectués par les équipes opérationnelles ou leur hiérarchie directe. Ex. : visa du responsable avant tout paiement à un intermédiaire.

Niveau 2

Contrôles détectifs périodiques

Revues a posteriori sur tout ou partie des opérations, selon une fréquence prédéfinie ou aléatoire. Réalisés par la fonction conformité ou le contrôle interne. Ex. : revue mensuelle des notes de frais > seuil.

Niveau 3

Audit interne indépendant

Réalisé par une fonction audit interne indépendante des opérations. Couvre l'efficacité des niveaux 1 et 2. Produit des recommandations transmises à l'instance dirigeante.

Interaction avec la DGCCRF — délais de paiement

Les contrôles DGCCRF sur les délais de paiement (LME, article L.441-10 et suivants) constituent un angle d'entrée complémentaire. En 2025, sur 409 entreprises contrôlées, 228 procédures ont été engagées pour 47 M€ d'amendes — un taux d'anomalie de 40 %. Ces défaillances résultent souvent des mêmes lacunes organisationnelles qui exposent une entreprise en matière de Sapin II.

§ 11

Mesure 8° — Contrôle et évaluation du dispositif

C'est la mesure qui "ferme la boucle" du programme anticorruption. Elle impose à l'entité de vérifier périodiquement que son propre dispositif fonctionne — pas seulement qu'il existe sur le papier. C'est sur ce pilier que l'écart entre conformité formelle et conformité réelle est le plus visible.

Objectifs du contrôle du dispositif

  • Prévenir et détecter les atteintes à la probité
  • Contrôler la mise en œuvre effective, conforme et efficace des mesures (pas seulement leur existence)
  • Définir des recommandations correctives et suivre leur mise en œuvre

Ce que l'AFA contrôle sur cette mesure

Point de contrôlePreuve documentaire attendue
Plan de contrôle annuel formaliséDocument approuvé par l'instance dirigeante, avec calendrier et périmètre
Résultats des contrôlesRapports de contrôle datés, signés, archivés — au moins 3 années
Suivi des recommandationsPlan d'action avec responsables et échéances — état d'avancement documenté
Reporting à la directionPV de présentation à l'instance dirigeante — fréquence au moins annuelle
Indépendance du contrôleurLa fonction qui contrôle ne peut pas être celle qui a conçu les mesures
§ 12

Mesure 7° — Remédiation et régime disciplinaire

Régime disciplinaire — conditions de validité

Sans régime disciplinaire formellement opposable, le code de conduite n'a aucune force contraignante. L'AFA vérifie que les sanctions prévues sont réelles, proportionnées et effectivement appliquées.

Point de vigilance critique : pour être opposable, le régime disciplinaire doit figurer dans le règlement intérieur de l'entreprise — document obligatoire pour les entreprises de 50 salariés et plus (art. L.1321-1 Code du travail), soumis à l'inspection du travail. Un code de conduite qui liste des sanctions sans être intégré au règlement intérieur crée une illusion de conformité sans portée juridique réelle.

Gestion des insuffisances constatées — processus de remédiation

Insuffisance détectée (contrôle N1/N2/N3 ou alerte interne)
      │
      ▼
Qualification : atteinte à la probité ? Violation du code de conduite ?
      │
      ├── OUI → Enquête interne → Rapport → Décision de l'instance dirigeante
      │         → Mesure disciplinaire si salarié · Résiliation si tiers
      │         → Signalement AFA si nécessaire · Signalement judiciaire si infraction
      │
      └── NON → Insuffisance organisationnelle → Plan d'action correctif
                → Responsable + échéance + suivi → Rapport à la direction

La remédiation comme signal positif en contrôle AFA

L'AFA ne s'attend pas à un dispositif parfait. Elle attend un dispositif honnête : qui identifie ses propres faiblesses, les documente, et met en œuvre des corrections. Un programme qui ne signale jamais d'incidents est suspect — il peut indiquer que le dispositif de détection ne fonctionne pas, pas que l'entreprise est irréprochable.
§ 13

Le processus de contrôle AFA — 5 phases

L'AFA dispose d'un pouvoir de contrôle de l'existence et de l'efficacité des dispositifs anticorruption (article 3, II de la loi Sapin II). Ce contrôle est inopiné ou sur demande, distinct d'une procédure judiciaire. Il débouche soit sur un avis favorable, soit sur une mise en demeure, soit sur une saisine de la commission des sanctions.

Les 5 phases du contrôle AFA

Phase 1

Notification et envoi du questionnaire

L'AFA notifie l'entité de l'ouverture d'un contrôle. Un questionnaire initial est adressé — il couvre l'ensemble des 8 mesures et demande la production documentaire.

Phase 2

Analyse documentaire

Les équipes AFA analysent les documents produits : politique anticorruption, cartographie, code de conduite, listes de formations, preuves de diffusion, rapports de contrôle.

Phase 3

Entretiens sur site

Entretiens avec les dirigeants, le responsable conformité, les fonctions exposées (achats, commercial, finance). L'AFA teste la connaissance réelle du dispositif — pas seulement son existence documentaire.

Phase 4

Rapport provisoire et contradictoire

Un rapport provisoire est communiqué à l'entité, qui dispose d'un délai pour apporter des observations contradictoires. C'est une opportunité de corriger des insuffisances avant le rapport final.

Phase 5

Rapport final et suites

Trois issues possibles : avis favorable · mise en demeure de se mettre en conformité dans un délai max. de 3 ans · saisine de la commission des sanctions.

Ce que les contrôleurs AFA testent en pratique

Question type en entretien AFACe qu'elle révèle
"Pouvez-vous me montrer la dernière mise à jour de votre cartographie des risques ?"Date · processus de révision · qui l'a validée
"Qui est responsable du programme anticorruption ?"Existence d'un responsable désigné · son positionnement hiérarchique
"Combien de signalements avez-vous reçus l'année dernière ?"Fonctionnement réel du dispositif d'alerte · zéro signalement = signal d'alerte
"Pouvez-vous me montrer les preuves de formation de vos acheteurs ?"Traçabilité réelle vs formation "sur le papier"
"Quand avez-vous présenté votre dernier rapport de conformité au COMEX ?"Engagement réel de l'instance dirigeante vs délégation totale
§ 14

Les CJIP — Conventions judiciaires d'intérêt public

La CJIP (article 22 de la loi Sapin II) est une mesure alternative aux poursuites pénales qui permet au parquet de conclure une convention avec une personne morale mise en cause pour corruption. Elle impose le versement d'une amende d'intérêt public et, dans la grande majorité des cas, la mise en place d'un programme de conformité sous supervision AFA pour une durée de 1 à 3 ans.

Cadre financier de la CJIP

30 %
Plafond de l'amende d'intérêt public (% du CA annuel moyen sur 3 ans)
3 ans max
Durée maximale du programme de conformité sous supervision AFA
28
CJIPs publiées depuis 2017 (au 12 juin 2026)

Sélection de CJIPs publiées — cas documentés

EntrepriseDateSecteurInfractions visées
Airbus SE (1re)Janv. 2020Aéronautique / DéfenseCorruption d'agents publics étrangers · trafic d'influence
Société Générale SAMai 2018Finance / BanqueCorruption d'agents publics étrangers (Libye)
Google France / Google IrelandSept. 2019TechnologieFraude fiscale (accord fiscal global)
Bolloré SE / Financière de l'OdetFév. 2021Logistique / TransportCorruption d'agents publics étrangers (Afrique)
Bouygues Bâtiment / LinkcityMai 2023BTP / ConstructionCorruption passive · trafic d'influence
AREVA SA / ORANODéc. 2024Énergie nucléaireCorruption d'agents publics étrangers
PAPREC GROUPFév. 2025Gestion des déchetsCorruption
Exclusive Networks CorporateJuin 2025Tech / DistributionCorruption
COLAS RAIL ASIA2026Transport ferroviaireCorruption d'agents publics étrangers

Source : AFA — liste publiée des CJIPs. Les montants exacts d'amende sont publiés par les ministères de la Justice et du Budget, non directement par l'AFA.

Ce que révèle la liste des CJIPs

Observation : les secteurs les plus représentés sont l'aéronautique/défense, la finance, le BTP et l'énergie — précisément les secteurs identifiés comme les plus exposés par l'AFA dans ses diagnostics. La présence d'acteurs du numérique (Google) et des services (Paprec) montre que la corruption n'est pas un risque réservé à l'industrie lourde ou aux marchés internationaux.

Intérêt stratégique de la CJIP pour l'entreprise

La CJIP présente deux avantages par rapport à une condamnation pénale : elle ne génère pas de casier judiciaire pour la personne morale et elle évite l'exclusion automatique des marchés publics. En contrepartie, le programme de conformité imposé est supervisé directement par l'AFA — une exposition maximale au regard du régulateur pendant 1 à 3 ans.

§ 15

Commission des sanctions AFA — procédure et plafonds

Composition et indépendance

La commission des sanctions de l'AFA est composée de 6 membres titulaires (conseillers d'État, de la Cour des comptes et de la Cour de cassation) et 6 suppléants. Son indépendance est garantie par la nature de ses membres — magistrats permanents non soumis à l'autorité de l'AFA.

Procédure menant à la commission

Contrôle AFA → Manquement constaté → Mise en demeure (2 mois)
      │
      ├── Mise en conformité dans le délai → Clôture sans suite
      │
      └── Manquement persistant → Avertissement OU saisine commission
                                          │
                                          ▼
                              COMMISSION DES SANCTIONS
                                          │
                              ┌─────────────────────────┐
                              │ Personnes physiques      │
                              │   → Jusqu'à 200 000 €   │
                              │ Personnes morales        │
                              │   → Jusqu'à 1 000 000 € │
                              │ Injonction conformité    │
                              │   → Max 3 ans            │
                              │ Publication de la        │
                              │   décision (naming)      │
                              └─────────────────────────┘
L'injonction de mise en conformité est souvent plus lourde que l'amende. Elle place l'entreprise sous surveillance directe de l'AFA pendant jusqu'à 3 ans, avec obligation de produire des rapports d'avancement réguliers. C'est une exposition réglementaire et réputationnelle continue qui pèse sur les opérations, les recrutements et les relations avec les partenaires.
§ 16

Diagnostic national AFA 2024 — état des lieux réel

L'AFA a réalisé en 2024 son troisième diagnostic national sur les dispositifs anticorruption dans les entreprises françaises (enquête printemps 2024, 550 réponses dont 173 entièrement exploitables). C'est la source de données la plus récente sur l'état réel de mise en œuvre de Sapin II.

Profil des répondants

46 %
ETI parmi les répondants
30 %
Grandes entreprises
24 %
PME
66 %
Assujettis art. 17 (vs 46 % en 2020)

Taux de déploiement des mesures

MesureEntreprises assujettiesEntreprises non assujetties
Code de conduite anticorruption90 %Non mesuré séparément
Dispositif d'alerte interne88 %
Formation anticorruption81 %
Cartographie des risques~75 %
Évaluation des tiers (procédures formalisées)71 %41 %
Ensemble des 8 mesures déployées57 %

Source : Diagnostic national AFA 2024 — 173 réponses exploitables · printemps 2024

Lecture critique des chiffres

Biais de sélection à prendre en compte : les entreprises ayant répondu à cette enquête sont, par définition, celles qui s'intéressent au sujet. Les chiffres de conformité réels pour l'ensemble du tissu ETI français sont vraisemblablement inférieurs à ceux observés ici. L'AFA le reconnaît elle-même dans le document.

Principaux enseignements 2024

Enseignement A

Progression continue mais insuffisante

Progression sur toutes les mesures depuis 2022, mais seulement 57 % des assujettis ont déployé l'ensemble des 8 mesures — après 7 ans d'application de la loi.

Enseignement B

La taille reste le frein principal

74 % des entreprises non conformes citent le manque de moyens (+17 points vs 2022). C'est le signal du marché TRIADS : accompagnement adapté à la taille et aux ressources réelles.

Enseignement C

L'évaluation des tiers — lacune principale

Seulement 71 % des assujettis ont des procédures tiers formalisées — la mesure la plus complexe à opérationnaliser reste la moins déployée.

Enseignement D

L'ISO 37001 reste marginal

La certification ISO 37001 est peu suivie par les répondants. Le référentiel AFA et les recommandations sont les standards privilégiés — cohérent avec la stratégie TRIADS.

§ 17

Pièges d'implémentation — erreurs fréquentes en contrôle

Les 8 erreurs les plus fréquentes observées

Erreur 1 Cartographie des risques figée

Une cartographie réalisée lors de la mise en place du programme et jamais mise à jour. En contrôle, l'AFA demande la date de la dernière révision et les événements déclencheurs traités. Une cartographie de 4 ans sur une entreprise qui a changé de secteur ou acquis des filiales est inopposable.

Erreur 2 Code de conduite générique non adapté

Un modèle téléchargé sur internet, non adapté aux risques spécifiques de l'entreprise, sans illustrations concrètes de comportements proscrits dans son secteur. Un code de conduite BTP et un code de conduite fintech ne peuvent pas être identiques.

Erreur 3 Formation sans traçabilité

Des formations réalisées mais sans liste d'émargement nominative, ni preuve de complétion e-learning. L'AFA demande systématiquement les preuves de formation par nom et par date. "Nous avons formé tout le monde" sans document est insuffisant.

Erreur 4 Dispositif d'alerte inactif

Un canal d'alerte qui existe formellement mais qui n'a jamais reçu aucun signalement depuis sa création, sans que l'entreprise s'en interroge. Zéro signalement sur 3 ans est interprété comme un signal que le dispositif est inconnu, inaccessible ou qu'il n'inspire pas confiance.

Erreur 5 Évaluation des tiers non documentée

Des diligences réalisées informellement sans trace écrite. L'AFA demande les dossiers tiers : grille d'évaluation complétée, sources consultées, décision prise et par qui. Un contrôle "fait de tête" n'existe pas pour le régulateur.

Erreur 6 Régime disciplinaire hors règlement intérieur

Un code de conduite qui prévoit des sanctions sans que celles-ci soient intégrées dans le règlement intérieur soumis à l'inspection du travail. La sanction disciplinaire est inapplicable légalement si elle ne figure pas dans ce document.

Erreur 7 Instance dirigeante déconnectée

Le programme fonctionne en silos : le responsable conformité gère seul, sans reporting formel à la direction, sans validation des actions correctives majeures par le COMEX. En entretien AFA, le DG ne sait pas répondre à des questions élémentaires sur le programme.

Erreur 8 Contrôle du dispositif confondu avec l'audit financier

L'audit des comptes par le commissaire aux comptes est présenté comme le "contrôle du dispositif anticorruption". Ce sont deux exercices distincts : l'audit financier ne vérifie pas l'efficacité du programme Sapin II — il vérifie la régularité des comptes.

§ 18

Recommandations opérationnelles par profil

Directeur Général / Président

  • Valider formellement le programme anticorruption en conseil ou par délibération documentée
  • Recevoir au moins un rapport de conformité par an — le mettre au PV
  • Allouer un budget et des ressources humaines dédiés — traçables
  • Désigner explicitement le responsable conformité par écrit
  • Se former personnellement aux obligations Sapin II (votre responsabilité personnelle est engagée)
  • Ne jamais intervenir dans le traitement d'une alerte impliquant la direction

DAF / Directeur Financier

  • Déployer les 3 niveaux de contrôle comptable anticorruption — ne pas confondre avec l'audit financier ordinaire
  • Cartographier les flux financiers à risque : agents, commissions, notes de frais, paiements offshore
  • Implémenter un exception reporting sur les paiements hors normes
  • Vérifier que les procédures P2P (procure-to-pay) intègrent des points de contrôle anticorruption
  • S'assurer que les délais de paiement sont conformes (éviter une double exposition AFA + DGCCRF)

DRH / Directeur des Ressources Humaines

  • Intégrer le code de conduite dans le règlement intérieur (condition de validité du régime disciplinaire)
  • Systématiser la remise du code de conduite à l'onboarding + accusé de réception signé
  • Piloter le plan de formation avec traçabilité nominative
  • Gérer les déclarations de conflits d'intérêts et le registre associé
  • Protéger effectivement les lanceurs d'alerte contre toute mesure de représailles

Responsable Conformité / Compliance Officer

  • Mettre à jour la cartographie tous les 2 ans minimum — documenter les révisions et leurs déclencheurs
  • Tenir un registre complet des alertes reçues, traitées, classées
  • Produire un rapport de conformité annuel avec indicateurs quantifiés
  • Documenter chaque évaluation de tiers — dossier par tiers avec sources et décision
  • Préparer un "dossier de contrôle AFA" à jour en permanence — réduire le délai de production à < 72h
  • Ne pas agir seul : remonter systématiquement les décisions critiques à l'instance dirigeante

Priorisation selon le niveau de maturité

Niveau de maturité actuelActions prioritaires — 90 jours
Niveau 0 — Aucun dispositif1. Désigner un responsable · 2. Valider en COMEX · 3. Lancer la cartographie des risques · 4. Rédiger le code de conduite
Niveau 1 — Code de conduite + alerte basiques1. Réaliser ou actualiser la cartographie · 2. Formaliser les procédures tiers · 3. Mettre en place les contrôles comptables · 4. Tracer les formations
Niveau 2 — 5–6 mesures en place1. Combler les lacunes sur les mesures manquantes · 2. Lancer le contrôle du dispositif (mesure 8°) · 3. Préparer le dossier de contrôle AFA · 4. Simuler un contrôle à blanc
Niveau 3 — Les 8 mesures formellement en place1. Tester l'efficacité réelle (simulation alerte, test de connaissance) · 2. Intégrer la conformité dans les objectifs managériaux · 3. Envisager l'accompagnement TRIADS pour l'audit préparatoire AFA
§ 19

Sources et références

RéférenceUsage dans ce document
Loi n° 2016-1691 du 9 déc. 2016 (Sapin II), art. 17Texte légal de référence — 8 mesures obligatoires
Recommandations AFA — JORF n°0010 du 12 janvier 2021Référentiel de conformité — 3 piliers · présomption simple · critères détaillés par mesure
Diagnostic national sur les dispositifs anticorruption dans les entreprises — AFA 2024Statistiques de déploiement · taux de conformité · profil des répondants
Rapport d'activité AFA 2024802 signalements · 27 contrôles · données opérationnelles AFA
Liste des CJIPs publiée par l'AFA28 conventions documentées · secteurs · dates · infractions
AFA — Guide pratique anticorruption PME et petites ETI (déc. 2021)Proportionnalité des mesures · approche pratique pour structures de taille intermédiaire
AFA — Résultats enquête évaluation des tiers (mai 2024)Pratiques de due diligence tiers · lacunes constatées · sources mobilisées
Art. L.1321-1 et s. Code du travailRèglement intérieur — condition de validité du régime disciplinaire
Art. 432-11, 433-1, 433-2 Code pénalInfractions visées — corruption · trafic d'influence · peines
Directive (UE) 2019/1937 / Loi Waserman n° 2022-401 du 21 mars 2022Interaction avec le dispositif d'alerte art. 17 · seuil 50 salariés
DGCCRF — Communiqué 4 sept. 2025 + lignes directrices 25 oct. 2024Délais de paiement · statistiques contrôles 2025 · interaction Sapin II
Vous avez lu la théorie

Ce guide décrit le cadre. Votre situation réelle est une autre question.

30 minutes de diagnostic permettent de cartographier vos gaps réels sur les 8 mesures — avec un rapport opposable. Gratuit, sans engagement.

Réserver mon diagnostic →
Annexe A

Texte structuré — Article 17 loi Sapin II

LOI N° 2016-1691 DU 9 DÉCEMBRE 2016 — ARTICLE 17 (EXTRAIT)
I. Les sociétés qui emploient au moins cinq cents salariés, ou appartenant à un groupe de sociétés
dont la société mère a son siège social en France et dont l'effectif comprend au moins cinq cents
salariés, et dont le chiffre d'affaires ou le chiffre d'affaires consolidé est supérieur à cent millions
d'euros sont tenues de mettre en œuvre les mesures suivantes :

    1° Un code de conduite définissant et illustrant les différents types de comportements à proscrire
    comme étant susceptibles de caractériser des faits de corruption ou de trafic d'influence.

    2° Un dispositif d'alerte interne destiné à permettre le recueil des signalements émanant
    d'employés et relatifs à l'existence de conduites ou de situations contraires au code de
    conduite de la société.

    3° Une cartographie des risques destinée à identifier, analyser et hiérarchiser les risques
    d'exposition de la société à des sollicitations externes à des fins de corruption, en fonction
    notamment des secteurs d'activités et des zones géographiques dans lesquels la société exerce
    son activité.

    4° Des procédures d'évaluation de la situation des clients, fournisseurs de premier rang et
    intermédiaires au regard de la cartographie des risques.

    5° Des procédures de contrôles comptables, internes ou externes, destinées à s'assurer que les
    livres, registres et comptes ne sont pas utilisés pour masquer des faits de corruption ou de
    trafic d'influence.

    6° Un dispositif de formation destiné aux cadres et aux personnels les plus exposés aux risques
    de corruption et de trafic d'influence.

    7° Un régime disciplinaire permettant de sanctionner les salariés de la société en cas de
    violation du code de conduite de la société.

    8° Un dispositif de contrôle et d'évaluation interne des mesures mises en œuvre.

II. Ces mesures sont mises en place par le président, le directeur général, les gérants, le directoire
ou tout organe de direction habilité à cet effet par les statuts. Pour les entreprises soumises à
l'obligation d'établir des comptes consolidés, ces mesures sont mises en place au niveau du groupe.

III. Le respect de ces obligations est contrôlé par l'Agence française anticorruption prévue à
l'article 1er.
Annexe B

Matrice de risques type — ETI 300 salariés

EXEMPLE DE SCÉNARIOS DE RISQUES — SECTEUR DISTRIBUTION B2B
PROCESSUS         SCÉNARIO DE RISQUE               P    I    RISQUE BRUT   CONTRÔLE EXISTANT         RISQUE NET
──────────────────────────────────────────────────────────────────────────────────────────────────────────────────
Achats            Pot-de-vin fournisseur            3    4    Élevé         Séparation des tâches     Modéré
Achats            Commission occulte intermédiaire  2    4    Élevé         Aucun                     Élevé ⚠
Ventes            Remise commerciale fictive        2    3    Modéré        Validation N+1            Faible
Marchés publics   Favoritisme appel d'offres        2    4    Élevé         Procédure interne         Modéré
Finance           Fausse facturation                1    4    Modéré        Audit comptable annuel    Faible
RH                Conflit d'intérêts recrutement   3    3    Modéré        Déclaration informelle    Modéré ⚠
Cadeaux/Hospit.   Hospitalité excessive             3    3    Modéré        Seuil défini (150 €)      Faible
International     Corruption agent douanier étranger 2  5   Critique       Clause contractuelle      Élevé ⚠

P = Probabilité (1=Rare → 4=Quasi-certaine)
I = Impact (1=Faible → 5=Critique)
⚠ = Zone prioritaire — action corrective requise

Ce tableau est fourni à titre illustratif. Chaque cartographie doit être construite à partir des données réelles de l'entreprise et validée par l'instance dirigeante.

Annexe C

Checklist auto-évaluation — 8 mesures Sapin II

Pilier 1 — Instance dirigeante

  • L'instance dirigeante a-t-elle formellement validé le programme anticorruption ? (PV / délibération)
  • Un responsable conformité est-il nommé par écrit avec accès direct à la direction ?
  • Un budget dédié est-il alloué et traçable dans les comptes ?
  • Un rapport de conformité a-t-il été présenté à l'instance dirigeante au cours des 12 derniers mois ?

Pilier 2 — Cartographie des risques

  • La cartographie date-t-elle de moins de 2 ans ?
  • A-t-elle été révisée lors du dernier événement déclencheur (acquisition, nouveau marché, incident) ?
  • Couvre-t-elle les zones géographiques et secteurs d'activité de l'entreprise ?
  • Les risques sont-ils cotés en brut ET en net (avec/sans contrôles) ?
  • A-t-elle été validée par l'instance dirigeante ?

Mesure 1° — Code de conduite

  • Le code couvre-t-il corruption ET trafic d'influence avec des définitions distinctes ?
  • Contient-il des exemples concrets adaptés au secteur ?
  • Prévoit-il une politique cadeaux avec seuil explicite ?
  • Est-il intégré au règlement intérieur ?
  • Chaque salarié a-t-il signé un accusé de réception ou complété la confirmation en ligne ?

Mesure 2° — Dispositif d'alerte

  • Un canal d'alerte opérationnel est-il en place et connu des salariés ?
  • L'anonymat de l'auteur de l'alerte est-il garanti ?
  • Un registre des alertes reçues et traitées est-il tenu ?
  • Les délais de traitement sont-ils respectés et documentés ?

Mesure 4° — Évaluation des tiers

  • Une procédure formalisée d'évaluation des tiers existe-t-elle ?
  • Les tiers à risque élevé font-ils l'objet de diligences renforcées documentées ?
  • Les dossiers tiers sont-ils archivés avec sources, grille et décision ?
  • Les listes de sanctions sont-elles vérifiées pour chaque nouveau tiers significatif ?

Mesure 5° — Contrôle comptable

  • Des contrôles spécifiquement orientés détection de corruption existent-ils (≠ audit financier ordinaire) ?
  • Les 3 niveaux de contrôle sont-ils formalisés ?
  • Un exception reporting sur les paiements à risque est-il en place ?

Mesure 6° — Formation

  • Les populations exposées (achats, commercial, finance, direction) sont-elles formées ?
  • Les preuves de formation sont-elles nominatives et archivées ?
  • Une formation initiale est-elle systématisée à l'onboarding ?

Mesure 7° — Régime disciplinaire

  • Le régime disciplinaire figure-t-il dans le règlement intérieur visé par l'inspection du travail ?
  • Des sanctions ont-elles été effectivement prononcées en cas de violation (et documentées) ?

Mesure 8° — Contrôle du dispositif

  • Un plan de contrôle annuel du dispositif est-il formalisé et approuvé ?
  • Les résultats des contrôles sont-ils documentés et archivés sur 3 ans ?
  • Un suivi des recommandations correctives est-il en place ?
  • Le contrôle du dispositif est-il indépendant de celui qui a conçu les mesures ?
Note de l'auteur. Ce guide est produit par Ahlvi R. Dowlut (TRIADS) à partir des textes légaux et des publications officielles de l'AFA. Il ne constitue pas un avis juridique et ne se substitue pas à un accompagnement sur mesure. Les données statistiques proviennent du Diagnostic national AFA 2024, du Rapport d'activité AFA 2024, et de la liste publiée des CJIPs. Si vous identifiez une inexactitude, écrivez à par-triads@ivlabs.io.
TRIADS · Cabinet de conformité indépendant · Paris

Votre programme Sapin II est-il opposable aujourd'hui ?

Vous venez de lire l'intégralité du cadre légal. La vraie question est : votre organisation pourrait-elle présenter un dossier solide lors d'un contrôle AFA demain ? Un diagnostic d'une demi-journée répond à cette question — avec un rapport documenté et un plan d'action.

Réserver le diagnostic gratuit → Voir les services TRIADS

+33 7 67 32 03 15  ·  par-triads@ivlabs.io  ·  Réponse sous 48h

Votre programme couvre-t-il réellement les 8 mesures AFA ? Un diagnostic de 30 minutes identifie vos lacunes — avant un contrôle.